Biodiversité : ouvrez l'oeil !

Quand Lille part à la reconquête d'espèces
menacées et protégées, voilà le résultat !
Un inventaire non exhaustif...

@Anaïs Gadeau

@Anaïs Gadeau

Disparition des produits nocifs dans tous les espaces de verdure, création de mares, aménagements spécifiques pour les abeilles ou les chauves-souris, éclairage public qui limite la pollution lumineuse, choix judicieux des espèces d’arbres ou de fleurs, installation de nichoirs…

Des options souhaitées par la Ville qui portent leurs fruits.

"Plusieurs signes témoignent d'un renouveau de la biodiversité, c’est encourageant", se réjouit Yohan Tison. Ce spécialiste d’écologie a rejoint la direction municipale “nature” voilà plus de dix ans.

L'Argus bleu de retour à Lille grâce aux prairies fleuries.

L'Argus bleu de retour à Lille grâce aux prairies fleuries.

Objectif pour lui et ses collègues : protéger et enrichir  la biodiversité à Lille.

Certes, en raison de son histoire, la capitale des Flandres est plutôt une ville à dominante minérale.

Mais la faune et la flore y trouvent des espaces où s’épanouir.

La naïade au corps vert, une libellule dans un fossé de la Contre-Garde. @Yohan Tison

@Daniel Rapaich

Le jonc fleuri

La naïade au corps vert, une libellule dans un fossé de la Contre-Garde. @Yohan Tison

@Daniel Rapaich

Le jonc fleuri

Combien ?

Côté faune, notons :

  • 21 espèces de libellules
  • 37 espèces d'abeille minimum
  • 8 espèces de chauves-souris
  • 171 espèces de papillons de nuit
  • 13 espèces de criquets et de sauterelles
  • 72 espèces de mollusques
  • 46 espèces d'oiseaux nicheurs

Côté flore, on trouve 14 espèces qui ont fait leur réapparition depuis 2002, dont des espèces patrimoniales protégées comme le Plantain d’eau à feuilles lancéolées ou le Jonc subnoduleux… Ces espèces avaient disparu de la vallée de la Deûle jusqu'alors.

Un martin-pêcheur dans le parc de la Citadelle

Un martin-pêcheur dans le parc de la Citadelle

Réapparition, dans la Deûle, du plantain d'eau à feuilles lancéolées, une espèce rare.

Réapparition, dans la Deûle, du plantain d'eau à feuilles lancéolées, une espèce rare.

La naïade aux yeux bleus apprécie les eaux stagnantes et riches en végétation.

La naïade aux yeux bleus apprécie les eaux stagnantes et riches en végétation.

La petite nymphe au corps de feu

@ Quentin Dumont

@ Quentin Dumont

Les jardiniers creusent des mares, les libellules s’en donnent à cœur joie ! Tous les deux ans, une à deux espèces réapparaissent, comme la petite nymphe à corps de feu ou la naïade aux yeux rouges. C’est aussi la preuve que la qualité de l’eau s’améliore.

Création d'une mare avec l'association Les Blongios. @ Daniel Rapaich

Création d'une mare avec l'association Les Blongios. @ Daniel Rapaich

Autre preuve : la présence grandissante, dans le parc de la Citadelle, de deux espèces d’abeilles menacées de disparition, l’abeille de la Salicaire et l’abeille de la Lysimaque.

Elles se régalent dans les fleurs très colorées de la "communauté de plantes à Reine des près et Cirse maraîcher" qui a remplacé une grande partie des orties le long de la voie des Combattants.

Des espèces choisies pour favoriser la biodiversité.

Des espèces choisies pour favoriser la biodiversité.

Sur des talus exposés au soleil, des tas de sable limoneux sont posés. Intérêt : donner à un groupe d'abeilles menacées les saules et la terre nue et meuble dont elles ont besoin pour creuser les tunnels où elles stockent le pollen.

Des plantes mellifères et du sable pour attirer les abeilles. @ Daniel Rapaich

Des plantes mellifères et du sable pour attirer les abeilles. @ Daniel Rapaich

Consciente du rôle essentiel des abeilles et autres insectes pollinisateurs dans les écosystèmes, la Ville veille à leur préservation et à leur valorisation.

Elle favorise les plantes mellifères présentes à 50% dans les espaces verts et elle gère une cinquantaine de ruches. Après le parc Matisse et sa « fabrique à miel »,le parc des Dondaines a vu récemment l’installation d’un HIB, habitat pour insectes butineurs.

La Ville a également créé un rucher-école pour former les futurs apiculteurs amateurs.

@ Daniel Rapaich

@ Daniel Rapaich

Espèce protégée, le faucon, oiseau rural, s'est adapté au milieu urbain où il chasse les rongeurs.

En concertation avec le GON (groupement ornithologique et naturaliste du Nord-Pas-de-Calais), la Ville profite de la restauration des clochers de ses églises pour y installer des nichoirs.

L'église Saint-Maurice des Champs, par exemple, a été équipée de douze nichoirs pour les faucons crécerelles ou pèlerins, pour le martinet noir, le choucas des tours ou encore la chouette effraie.

Ces clochers sont bien adaptés à ces volatiles qui s'installent à plus de 50 mètres du sol.

Des ruches dans le parc Matisse. @ Daniel Rapaich

Des ruches dans le parc Matisse. @ Daniel Rapaich

Divers aménagements spécifiques, réalisés par la Ville, favorisent le retour, ou même l’arrivée, de différentes espèces de faune et de flore.

@ Daniel Rapaich

@ Daniel Rapaich

Conserver le bois mort et les arbres à cavité, par exemple, permet la réapparition d’espèces d’oiseaux et de chauve-souris protégées.

Certaines sont même aperçues pour la première fois à la Citadelle comme la Pipistrelle pygmée. Ou encore la Noctule de Leisler, la plus grande chauve-souris qui vit sur Lille. 

L'oreillard roux. @S. Dutilleul

L'oreillard roux. @S. Dutilleul

Trois couples nicheurs de martin-pêcheur ont aussi été repérés et l’hirondelle de rivage vient désormais chasser dans le parc lillois.

Quelques éperviers aussi survolent les lieux, attirés par les passereaux de plus en plus nombreux. La plantation de saules porte ses fruits, sachant que cet arbre nourrit environ 450 espèces d’insectes différentes.

L'Aromie musquée, l'un des plus beaux coléoptères de la région lui-même dépendant du saule, a été vu pour la première fois l'année dernière...

L’écologue municipal a pour mission de restaurer le patrimoine naturel de la Ville dont celui du parc de la Citadelle. "Le but, c’est de revoir pousser une flore, jadis extraordinaire, présente ici historiquement". 

Le Jonc subnoduleux, par exemple, espèce qui avait totalement disparu de la Vallée de la Deûle, et aujourd’hui protégée, s’y épanouit à nouveau.

"Nous retrouvons des graines qui peuvent parfois se conserver plus d'un siècle, sous l’eau et sans oxygène ; lorsqu'elles remontent à la surface, nous pouvons tenter leur réintroduction", remarque Yohan Tison.

Ainsi, depuis une dizaine d’années, sept espèces de plantes protégées, jusqu’alors effacées du paysage, ont pu être récupérées, à l’image du plantain d’eau à feuilles lancéolées ou de l’orchidée Orchis de Fusch.

Des saules en bord de Deûle qui nourrissent 500 espèces d'insectes ! @ Daniel Rapaich

Des saules en bord de Deûle qui nourrissent 500 espèces d'insectes ! @ Daniel Rapaich

Dans les anciens fossés remblayés, des espèces qui avaient disparu du paysage refont surface.

Dans les anciens fossés remblayés, des espèces qui avaient disparu du paysage refont surface.

Le Jonc subnobuleux, espèce protégée.

Le Jonc subnobuleux, espèce protégée.

Et pour prouver, une fois encore, le cercle vertueux de la nature, notons que la création d’une très grande roselière (zone humide où poussent les roseaux) permet désormais d’apercevoir plusieurs espèces d’oiseaux menacés de disparition et dépendants de ce milieu, tels que la rousserolle effarvatte.

@ Anaïs Gadeau

@ Anaïs Gadeau

Une rousserolle effarvatte. @ Quentin Dumont

Une rousserolle effarvatte. @ Quentin Dumont

Pour finir en beauté, notre spécialiste de la biodiversité est ravi d’annoncer l’arrivée de nouveaux venus, symboles d’une qualité écologique en progression : le lézard des murailles qui se reproduit bien dans une zone des remparts, une sauterelle appelée "Phanéroptère commun", la fouine en cours d’installation et grande consommatrice de rats d’égouts.

Le renard, lui aussi, s'adapte à un contexte plus urbain. Inoffensif pour l'homme, il joue un rôle de régulateur important en se nourrissant de petits rongeurs, parfois en surnombre, ou d'animaux morts.

Retour à Lille d'une libellule appelée Phanéroptère commun.

Retour à Lille d'une libellule appelée Phanéroptère commun.

Un renard à la Citadelle

La présence de quelques goupils en milieu urbain marque le retour de la nature en ville.

@ Grégoire Seither

@Grégoire Seither